Les amateurs d’heroïc-fantasy, les rolistes par exemple, ceux de Warhammer ou du Seigneur des anneaux , les afficionados des jeux vidéo également, reconnaissent le troll comme une créature apparentée aux Ogres et somme toute vraiment laide, sa haute taille (plus de trois mètres) ne lui rapportant rien en matière de beauté.

Les internautes eux-mêmes, dont nombreux sont rolistes ou amateur de fantasy, connaissent aussi le troll, du moins emploient le terme dans un usage propre aux forums de discussion. S’agit-il bien du même ? Le mystère reste entier : mais nous avons, pour le savoir, tenté d’approcher l’animal. Une entreprise dangereuse s’il en est, qui aboutit ici à une étude qu’on espère un peu détaillée.

(Knock) Il n’y a pas de grands vices ?
(Le Docteur Parpalaid) Que voulez-vous dire ?
(Knock) Drogue, messes noires, sexe, convictions politiques ?
(Le Docteur) Je n’ai jamais entendu parler de drogue ni de sexe. Quant à la politique, on s’y intéresse comme partout.
(Knock) Oui, mais en connaissez-vous qui feraient rôtir la plante des pieds de leurs père et mère en faveur du scrutin de liste ou de l’impôt sur le revenu ?

La définition usuelle

Dans le jargon en ligne de Linux-france on trouve la définition suivante :

« Un Troll est donc sur l’Usenet [les newsgroups], soit (1) un sujet qui fâche (par exemple : « Mac ou PC ? »), soit (2) un individu qui persiste à lancer des discussions sur des sujets qui fâchent. »

Cette définition reste à développer, car les sujets polémiques ne sont pas nécessairement des sujets à trolls. Et qu’en dehors du sale temps qu’il fait (et encore...) il y a peu de sujets qui ne fâchent pas. On rencontre en effet des trolls en dehors de l’Usenet.

Pour l’instant, il suffit de savoir qu’un troll désigne, dans l’imagerie de l’internet, un personnage malfaisant dont le but est de perturber le fonctionnement des forums de discussion en multipliant les messages sans intérêt (ou, plus subtilement, en provoquant leur multiplication). La règle première des forums est en effet que, lorsque le nombre de messages sans intérêt devient trop important par rapport à celui des messages pertinents, le forum est considéré comme mort : il est dès lors impossible (trop de choses inutiles à lire, interface surchargée, temps de chargement du forum rédhibitoire...) d’y trouver l’information intéressante.

Est-il utile de rappeler que le verbe correspondant à l’activité du troll est troller (« alors, encore en train de troller ? ») ? Toutes les déclinaisons imaginables sont autorisées (« il va nous exploser le trollomètre », « c’est plus un forum, c’est un trollodrome »...)

Dans un premier temps, restituons les sources, puisque le filtre anglo-saxon déforme aussi bien le bestiaire dans sa relecture folklorique que le terme imagé pour désigner un sujet provocateur, c’est-à-dire dont le but ne consiste qu’à déclencher des réactions en pure perte.

L’étymologie mythologique du troll

L’origine du terme « troll », sur l’internet, se perd dans la nuit des temps, et constitue d’ailleurs un excellent sujet de débat pour les trolls. En règle générale, on utilise l’étymologie anglaise du terme dans la description objective du comportement, et l’étymologie mythologique pour son aspect imagé. Mais tout bon troll se doit de connaître quelques autres origines, s’il veut passer pour un troll savant.

  jötunn, urs, tröll

Le Géant en vieux norrois est jötunn (eoten en vieil anglais). Les Géants habitent Útgarr (« monde extérieur », « espace situé en dehors »), par opposition à Ásgarr (« demeures des Ases », des dieux) et Migarr (« demeure du milieu ») où habitent les hommes. Ils ont un rôle central dans la mythologie nordique (cosmologie, généalogie, etc.) et sont une menace permanente aussi bien pour les dieux (les Ases et les Vanes) que pour les hommes. C’est pourquoi le dieu Ase órr (Thórr) les chasse. Il est bien équipé à l’aide de sa ceinture de force, un gant de fer et son célèbre marteau (Mjöllnir).

úrs, tout comme tröll désigne les géants malfaisants et démoniaques. C’est également le nom d’une rune qui produit un effet maléfique ou bénéfique : séduire les femmes.

Le mot tröll désigne exclusivement le géant en tant que monstre hostile, et à partir du moyen âge des esprits maléfiques particuliers. Notamment, ils sont associés au pouvoir de provoquer des maladies. On trouve également une sorte de lutins, le hudrefolk, qui intervient dans les légendes d’enfants incubes.

Le géant entendu en ce sens est donc une créature sale, poilue, laide, stupide et surtout bruyante. Malfaisante et violente donc, mais assez facile à vaincre à cause de sa bêtise. Voilà qui donne une image sympathique du bon gros pénible qui va troller dans les forums de discussion...

Cependant un troll dans un forum de discussion, car c’est avant tout l’usage qui nous intéresse ici, provoque au contraire des dégâts : pollution du forum par une saturations de messages, oubli de la discussion (au cas où le troll ne soit pas initiateur du sujet de discussion) et finalement impossibilité de poursuivre.

  to troll

To troll, en anglais, consiste à pêcher à la cuiller (on apprendra d’ailleurs que la cuiller est un leurre métallique de forme creuse et incurvée). Par passage sur l’internet, il s’agit de poster des messages ineptes (des leurres) en espérant obtenir d’autres messages. Certaines sources indiquent que le terme dériverait de to trawl, pêcher au chalut ou à la traîne. Dans certaines FAQ anglophones, on explique ainsi que troller équivaut à partir à la pêche aux messages incendiaires (« fishing for flames »).

  Étymologie pour bon gros troll

On pourra avantageusement poursuivre cette analyse passionnante de l’étymologie en évoquant d’autres origines...

Le lecteur pourra se rendre sur langue-française, et découvrira par exemple que le verbe troller existe en ancien français. Troller, v. n. Terme de vénerie, quêter au hasard (in. Lexique de l’Ancien Français, Frédéric Godefroy, Paris, Honoré Champion, 1994). Un autre intervenant de ce site indique que le verbe « trôler », en français, serait issu du latin populaire trahere (« suivre à la trace ») et signifierait « aller de ça, de là », « mener, promener de tous côtés » et encore « tenir des propos inconsidérés ».

Le présent article tournant résolument au gang bang sur colléoptères, n’hésitons pas à signaler une autre étymologie possible (fournie par le Lexique des termes employés sur Usenet) : passant du scandinave au hollandais, puis du hollandais au français, le « tröll » serait devenu le « drolle », un être malfaisant jouant des tours, mais que l’on ne pouvait prendre au sérieux. Finalement, le sens et l’orthographe se sont fixés sur la version « drôle » que nous connaissons désormais.

Signalons encore l’allemand : Troll (Kobold) lutin ; et la forme verbale sich trollen : décamper, déguerpir, détaler.

Le troll, un peu plus loin

Venons maintenant plus directement à l’objet de cet article. On a vu que le troll tire son origine des newsgroups.

Cependant, les newsgroups étant moins utilisés par le grand public et étant déjà totalement pollués par la publicité, ils sont devenus un espace de jeu beaucoup moins attractif pour le troll.

Les nouveaux territoires de prédilection du troll sont désormais :

  les listes de discussion par email ; il s’agit ici des listes publiques, auxquelles tout le monde peut s’abonner, et non modérées (c’est-à-dire que les messages sont repercutés à l’ensemble des abonnés dès qu’ils sont envoyés, sans validation par un administrateur) ;

  les forums de discussion sur le Web. La permanence de ces forums (les messages restent indéfiniment en ligne) et leur forte fréquentation les rendent terriblement attractifs.

Si l’activité trollesque dans les newsgroups est largement documentée, celle qui s’attaque aux listes de discussion (mailing-lists) et aux forums du Web est peu traitée par les experts ès trolls.

Les messages des trolls

Évidemment, le troll se reconnaît à ses messages (messages dont le seul but est, rappelons-le, la pollution du forum en provoquant une avalanche de réponses sans intérêt). Les caractéristiques des messages trollesques sont les suivantes :

  À l’origine, sur les newsgroups, la stratégie principale est le crosspost, c’est-à-dire l’envoi d’un message sur plusieurs forums aux sujets différents (ou, mieux, contradictoires). Il s’agit de mélanger des discussions aux thèmes opposés, et de provoquer ainsi une flame war (guerre de messages incendiaires) entre des interlocuteurs qui ne devaient pas, à l’origine, discuter ensemble (car leurs préoccupations sont différentes). Un groupe de trolls a ainsi déclenché une invraissemblable guerre en mélangeant les messages des listes alt.smokers (les fumeurs), can.talk.smoking, alt.support.non-smokers (non-fumeurs), asthma (asthmatiques). Sur le Web et dans les mailing-lists, de telles stratégies sont plus difficiles à mettre en place.

  Cependant, de cette stratégie du mélange des sujets, le troll du Web et des mailing-lists conserve cet usage immodéré du message hors thème. C’est même la principale stratégie de pollution : dans un forum consacré à Vivendi, un interminable message rappelant tout l’historique du mouvement trotskyste.

  Basique : la bonne grosse provocation et l’insulte. L’idéal, pour encore plus d’efficacité, consiste à utiliser une image qui insulte un autre groupe humain. Par exemple : « espèce de sale australien, bâtard de fils de putes et de taulards, résidus de la lie de l’Empire » va immédiatement faire intervenir de bonnes âmes persuadées qu’il est passionnant, dans un forum consacré à la culture des figues en Ontario, de défendre l’honneur des australiens, des taulards et des victimes de la prostitution ; on peut également espérer un historique complet de l’Empire anglais, puis une dénonciation virulente de l’impérialisme contemporain...

  Les réponses systématiques. Toute réponse creuse à un message creux permet d’entretenir la dynamique du groupe. De fait, on constate le plus souvent que les victimes d’un troll, en répondant à son message et en se lançant dans d’interminables débats oiseux, deviennent à leur tour des trolls. L’aspect plus ou moins systématique des réponses permet au passage de différencier le troll bête du troll méchant (voir ces notions ci-après) : le troll bête répond à tous les messages qui suivent son message initial, à l’inverse du troll méchant qui se contente d’entretenir le mouvement par quelques interventions très ciblées (il y a donc, chez le troll méchant, une sorte d’économie de moyens qu’il faut porter à son crédit).

  Les messages trollesques refusent systématiquement d’aborder le fond et privilégient la forme des messages : « mais pourquoi tu me tutoies... », « moi je ne t’ai pas agressé alors pourquoi tu m’agresses » ; « t’as vu comment il m’a causé l’autre... tu trouves pas qu’il exagère ? » ; « purée, les fautes d’orthographe ! » ; « c’est nul de critiquer ton interlocuteur parce qu’il fait des fautes »...

  Très faciles, les messages qui commentent la gestion du forum au lieu de l’objet de la discussion : « on peut pas corriger ses messages ? » ; « je crois qu’on m’a sucré mon message, mais il est revenu » ; « ah ah, je vois comment vous fonctionnez sur ce forum ! ».

  Dans son refus d’aborder le fond, de privilégier la forme et de débattre sans fin de la gestion des forums, le troll a une propension inimaginable à se placer dans l’affectif. Ses messages deviennent un jeu subtile de connivences, de divisions, de recherche d’alliés et d’ennemis. Il se croit ou se prétend copain avec Untel, alors que Machin est méchant et le persécute, et Bidule est maqué avec Truc, puis Trucmuche s’est engueulé avec ses Bisounours. En fin de compte, on obtient des messages très constructifs sur le thème : « Machin a raison parce qu’il est gentil, Truc a tort parce qu’il est méchant ».

  Nous avons dit plus haut que la technique du crosspost (mélange des messages sur plusieurs forums) était rare sur les mailing-lists et les forums du Web ; en réalité, on en trouve une variante qui consiste à diversifier ses supports. Troller sur le forum public, se plaindre de l’accueil peu sympathique qu’on y a reçu dans les forums privés ou publics, lettres aux admins, lettres de plainte sur la mailing-list associés au même site, etc.

  Une fois parfaitement identifié, et ses thèmes de discussion épuisés, le dernier sujet du troll est de se prétendre victime d’atteintes inadmissibles à sa liberté d’expression. Sujet qui, lui-même, ne sera jamais abordé sur le fond, mais sur la forme, la gestion des forums par les méchants administrateurs qui ne m’aiment pas, le manque de politesse des intervenants.

  Phase ultime : les messages de sabotage, avec au pire : tentatives de destruction physique du forum (virus dans une mailing-list, messages « hors format » sur le Web pour faire exploser la page, etc.).

Catégories de troll

Après avoir détaillé un possible classement en types de messages, on peut essayer une autre approche plus générale : les regrouper en grandes familles, ou catégories.

1. Le troll débutant

Le troll débutant (ou : le troll qui s’ignore) est une façon de troller par ignorance de la nétiquette et du fonctionnement technique, sans véritable intention de nuire. Poster n’importe quoi n’importe où, par exemple : « est-ce que vous avez le numéro de téléphone de Jacques Chirac ». Comble du troll débutant : s’engueuler pendant toute une journée avec un Mailer Daemon (robot renvoyant automatiquement les messages à leur expéditeur pour signaler une erreur d’adresse email).

On peut considérer comme un troll débutant toute personne qui répond au message d’un autre troll.

2. Le troll bête

Persuadé d’avoir une opinion valable sur tout, d’être de bonne foi, et que sa diarhée verbale intéresse quelqu’un d’autre que lui, le troll bête prend l’apparence d’un message véritable. Assez redoutable en ceci qu’il refusera la qualification de troll. Exemple : « Amha, bon j’y connais rien, et je ne sais pas de quoi vous parlez, d’ailleurs j’ai pas lu vos messages, c’était trop long ! :-))) mais il me semble que vous avez peut être pas tout à fait tort ni raison ;o) ».

Attention : le troll bête peut devenir méchant rapidement, puisqu’il est sûr de son bon droit. Comme le rappellent avec sagesse les vieilles légendes nordiques : « quand troll vexé, troll devenir encore plus chiant ».

3. Le troll méchant

C’est le troll le plus connu, et pour lequel on trouve la littérature la plus abondante. Son but est, consciemment, de tuer les forums (déclencher des flame wars). Par amusement, parce que le sujet du forum lui déplait, parce que les admins du forum l’ont vexé. Parce que dehors il pleut et qu’il s’emmerde au boulot.

Ce qui, au final, nous donne le genre synthétique bien connu du « troll bête et méchant ». Il cumule tous les types détaillés plus haut. Un rapide profil psychologique de ce troll nous donne :

-mauvaise foi à toute épreuve,

-  nullité conceptuelle,

-  autodérision de façade,

-  tics de langage et smileys,

-  bassesse inimaginable.

On retrouvera là les marques permettant de diagnostiquer que le sujet est atteint de « fufisme », décrit ainsi dans le Lexique des termes employés sur Usenet : « Maladie contagieuse d’origine virale (HFV : Human Fufismae Virus) dont les syndromes sont : mauvaise foi, perfidie dans les attaques "ad hominem", torpillage des processus de création de groupes, ergotage sans fin pour savoir s’il faut un "s" à maths, si un vote BLANC compte pour 1/4 de OUI ou 2/3 de NON, etc. »

Le troll bête et méchant connait généralement toutes les ficelles des forums. Il est souvent bien plus compétent dans cette matière que l’administrateur lui-même. Par exemple, beaucoup d’admins de forums ne connaissent pas le point Godwin (mort de l’échange), alors que c’est très exactement ce que recherche ce troll.

Que faire face à un troll ?

Jeter un dé 10 et utiliser sa hache à deux mains ne vous servira ici à rien. Dans l’absolu, il n’y a malheuresusement pas grand chose à faire contre un troll, si ce n’est d’user de sa stupidité pour le vaincre. Essayons tout de même d’esquisser quelques stratégies relatives aux catégories de troll.

1. Le troll débutant

Tenter la pédagogie : « Mailer Daemon est ton ami, Mailer Daemon pas se foutre de ta gueule ». Si le troll débutant est persévérant : « oui m’enfin bon, il pourrait me répondre poliment, ce monsieur Daemon », il est tout à fait légitime d’utiliser l’insulte et la coupure d’accès. Le troll est « bannis » du forum. En tant que débutant, il a du mal à recréer des adresses email bidons. Pour la petite histoire, cette méthode à la dure a bien fonctionné sur les abonnés d’AOL en 1996-1997 (certains administrateurs de forums ayant même interdit l’accès aux adresses en @aol.com).

2. Le troll bête

Pédagogie toujours, essayer par des explications de démontrer la nullité conceptuelle et le hors sujet, mais gentiment, avec humanité dirons-nous. Difficulté : le troll bête est par définition convaincu de l’intérêt de ses contributions pour le futur de la démocratie.

En cas d’échec, l’humiliation publique peut s’avérer payante. Il est conseillé de s’y mettre à plusieurs, de répéter la manoeuvre dans un intervalle de temps très court, et d’user d’une ironie violente et saignante. Sinon vos messages risquent de provoquer l’effet inverse, et de devenir eux-mêmes source d’interminables débats oiseux. En particulier, l’intervention ne doit laisser aucun doute sur son but (l’humiliation violente, publique et immédiate). Cette stratégie vous autorisera à afficher le logo « Attention, admin méchant ».

3. Le troll méchant

La règle traditionnelle pour lutter contre un troll méchant consiste à ignorer ses messages. « Do not feed the troll », dit l’adage. Cependant, sur les forums du Web et les mailing-list, dont la plupart des usagers n’ont aucune connaissance de la nétiquette, il est illusoire de croire que personne ne va répondre.

Certains coups particulièrement tordus sont parfois utilisés, certains étant eux-mêmes inadmissibles. On peut par exemple supprimer non le message initial du troll (qui immédiatement relancera le débat sur le thème de sa liberté d’expression), mais en sucrant toutes les réponses à ce message (quitte à expliquer en privé aux auteurs de ces réponses le pourquoi de la manoeuvre). On assiste parfois à cette méthode ordurière qui consiste à lever l’anonymat du troll en révélant sa véritable identité.

Mais il semble que, si l’on veut maintenir des forums ouverts (les messages sont publiés dès qu’ils sont envoyés), face à un troll, la seule technique est la guerre des tranchées : plusieurs administrateurs surveillent quasiment en permanence les forums pour bloquer aussi rapidement que possible les dérives trollesques.

De fait, un administrateur isolé n’aura jamais le dessus face à un troll déterminé, car ce dernier est ainsi configuré qu’il est plus souvent sur le forum que l’administrateur lui-même. D’ailleurs un très grand nombre d’administrateurs de forums (ou mailing-lists), isolés, après plusieurs passages de trolls méchants, passent carrément en listes modérées a priori, montent des coopératives d’achats solidaires de Valium, ou militent à la NRA. On constate malheureusement que plus un webmestre est expérimenté, moins il sera favorable à la présence de forums sur son site ou de mailing-lists ouvertes.

 

Darwinisme: Le troll des Steppes et autres bestioles
par Mechant-ki-est-pas-gentil

Cependant il semble apparaitre sur notre toile une nouvelle race de troll. Mais attention. Pas n’importe quelle espece, puisque ce troll est un troll camouflé. Son trollisme se détecte à sa faculté à crier "au lourd" ("relou" en troll) de la même façon qu’il le faisait pour loftstory (car on se doute bien que l’attentat et loftstory auront le même impact n’est ce pas hann ?).
Le troll dont je vous parle est donc, d’une part, un troll qui s’essaie à la critique. Ensuite, le troll des steppes (on va l’appeler comme ça tiens). Bon voila le troll des steppes eh bah lui sa mission c’est de chasser les trolls. Bah oui parce que si on chasse un troll, on en ferait presque oublier aux autres qu’on est soit même un troll (c’est vrai kwa).
Le troll des steppes se baladent frequemment sur irc et sur les forums. Le troll des steppes se reconnait à son comportement simpliste : ne voyant pas toujours la difference entre une critique de troll non argumentée (ça ’appelle une insulte) et une critique de troll interessante (qui n’est donc pas si trollesque), il met tout dans le même panier, estampille "trolling people since 1992" et dit "ah ah, quel gamin, suffit que je dise un truc tu reponds, tu tombes dans le panneau". On le reconnaît donc à son obsession du jeu qui n’est pas sans rappeler dans sa mentalité un certain désir de vengeance (il perdait souvent en jouant à "chat perché" ? et il veut se venger maintenant ?).
Pis bien sur on a les trolls espions, les trolls magouilleurs, ceux qui pour justifier une modération de forum et la suppression des messages que l’on a voulu "trollesques" pour ne point y voir de dure critique et donc remise en cause, ira jusqu’à déclarer que "les gens qui critiquent sont pas constructifs et les pas constructifs sont des trolls alors ta gueule. Snirfl." Bon voila. Plus tard, je vous parlerai des vilains trolls qui créent eux même leur forum et qui apres avoir fait caca s’étonnent d’être critiqué, au point de déclarer la guerre...aux trolls.
Voyez vous, la culture troll, c’est pas si troll qu’on le dit (ça c’est pour la conclusion à la con, c’est le résultat de longues années passées à entendre les pets des trolls - mais "c’est pas ma faute, je suis une victime, dieu il est cool naturellement c’est la société qui le corrompt hannn" -TrollMaster, "De l’esprit de la trollisation du mondes des trolls et des pas trolls").

 

Règles de survie minimale

  Ne jamais sembler donner raison au troll. Par exemple, proscrire tout message qui commence par « sur ce point tu as raison mais... » ; « la question est intéressante mais... ». Pour la bonne et simple raison que le troll ne suit jamais les règles de la discussion (définitions des termes, échange d’arguments, réponses aux questions).

  Ne jamais tenter d’arrondir les angles par des mails privés car ils seront toujours utilisés pour montrer la duplicité des admins, ou comme témoignage fictif d’une connivence avec un autre intervenant : « machin m’a écrit pour me dire que... ».

  Ne jamais laisser les trolls se multiplier, sinon ils saccagent votre espace. En ce sens, effectuer un marquage (plus ou moins rude), pour pouvoir reconnaître du premier coup d’oeil le troll lorsqu’il revient, y compris sous une autre identité.

  Se faire à l’idée que le troll peut avoir le dessus. Si vous pensez que votre forum résistera indéfiniment aux attaques trollesques, qu’il sera toujours un royaume de paix et de respect, vous vous préparez à devenir un admin aigri. Et l’admin aigri devient rapidement un troll sur son propre forum (ce qui n’était pas le but initial du bidule...).

  Si votre forum devient très actif, n’hésitez pas à vous faire aider pour son administration. Isolé, l’admin s’use très vite. Et lorsqu’il y a plusieurs administrateurs, il convient de définir quelques règles minimales dans les gestion du forum ; en effet, rien de réjouit plus le troll que les contradictions entre administrateurs.

Voilà quelques petits conseils dans la lutte perpétuelle contre les trolls. Nous démontrerons une autre fois en quoi le hacker (le hacheur) est l’héritier de la dialectique antique. Merci de votre attention et à bientôt.

 

 

PS : Comment devient-on un troll

Le témoignage poignant de Spartakus FreeMann

Salut à tous,

Bon, je ne vais pas trop faire chier avec les présentations mais disons que je suis un mercenaires des ML, forums et cie dédiés à l’occulte (ben oui, il en faut).

Dans mes voyages inter-binaires, j’ai été dans la position du troll, mais alors du troll bête et méchant, vicieux, hargneux, tueur et j’ai été à l’origine de la fermeture d’une ML zozotériste.

Comment devient-on troll ?
Simple, on lit les conneries et les illuminations des autres, on commence par répondre d’une manière courtoise puis doucement, lentement, le virus trollien se répand dans les veines et les neurones hallucinés par trop d’insanes lectures... Ainsi, en moins d’un mois je me suis retrouvé le Gros Troll Vicelard d’une ML. J’ai tout fait, j’avais 10 adresses mails, un système de remailing automatique &cie... Au début, j’ai critiqué à tout va les interventions des autres, ensuite j’ai démonté l’image que les intervenants s’étaient construits amoureusement sur la ML, c’est pas difficile, un peu de psychologie (surtout dans le domaine zozotérique) et on devine bien vite les faiblesses des autres. J’étais seul, en bon desperados du net, je tappais sur tout le monde, dès qu’il y en avait un à terre, je m’attaquais aux autres. Tous les coups étaient permis, critiquer bêtement, avilir l’autre en le poussant à se montrer dans toute sa stupidité face aux autres membres, faire des copier-coller de textes d’auteurs connus pour étayer mes dires, rire des interventions des autres et surtout constituer un groupe de soutien car le troll aime la compagnie trollesque.

Après un mois, le proprio de la ML, en presque dépression s’est résolu à fermer sa liste.

Et bien, j’étais content :(

Mais alors, pourquoi moi qui suis un gentil me suis-je transformé en troll monstreux ? Simple et complexe en fait. Il suffit d’être admiré et appuyé par d’autres troll pour se trouver plonger dans un univers où le trollisme est la morale et l’a-trollisme le vice à l’état pur. Je n’ai jamais compris le besoin qui m’avait poussé à faire cela : désir de reconnaissance, besoin de sortir ma haine pour les autres qui écrivent mieux ? Je ne sais pas mais ce qui est sûr c’est que nous pouvons tous devenir des trolls. Il suffit d’un déclic et on est troll sans le savoir. Et il suffit de lire la presse officielle ou même alternative pour le savoir...

Maintenant, j’ai arrêté, j’ai suivi une psychothérapie, j’ai acheté un chien et quand j’y repense à ces heures passées à détruire l’autre et bien j’en ai la larme à l’oeil.

Où Troller?

Tout cela est un peu comme les drogues douces, on sait que ce n' est pas bien, que ce n' est pas sans danger mais on aimerait bien essayer, au moins une fois, par pure curiosité. Promis, juré, rien qu 'une ou deux fois, on ne se laissera pas prendre aux faux délices d' un troll réussi. Si les lignes précédentes donnent sans le vouloir une piste sur la méthodologie, elles sont bien vagues quant au lieu.

Le troll a souvent l' âme frondeuse et pourrait se dire, n' ayant pas pris le recule de la réflexion, pourquoi ne pas commencer sur ABFHM ? Voila un bien mauvais choix: En effet ce groupe n' est pas assez actif, il y a peu de contributeurs et les échanges entre eux ne sont pas assez fréquents pour espérer une dynamique suffisante pour effondrer l' activité du groupe et même en cas de succès, l' exploit passerait inaperçu. Au pire vous pourriez même obtenir l' effet contraire.

Soyons sérieux, quels critères définissent un groupe à troller.

- Il faut une bonne activité avec quelques anciens et un renouvellement régulier. N' oubliez pas qu' il va falloir recruter insidieusement des troupes et convaincre un ou deux anciens à gagner votre camp

- Il faut des possibilités de polémiques, un groupe technique par exemple mais il vous faudra être à la hauteur, si ce n' est pas le cas, visez des passionnés d' un sujet (animaux, religion, féminisme..) mais pas trop, il est impossible de voir un troll sur un forum politique par exemple, le troll s'avère soluble dans ce type de milieu. Autres sources, les forums qui se donnent des règles et dont on voit rapidement quelques neuneus à la morne bêtise en brandir l' étendard, et défendre un formalisme qui leurs donne l' illusion d' exister, ce type de forum à un bon potentiel.

- Il faut prendre son temps, si on veut être efficace. Faites vous admettre dans le forum, découvrez les personnalités avant d' entreprendre de créer des groupes susceptibles de s' affronter, et de vous apporter leur soutien, trouvez le pseudo adapté au groupe, évitez ceux du type "supernazi", ils risquent de rendre les gens méfiants.

- Il faut un NG pas trop vieux, qui ne soit pas rodé aux attaques, sinon malgré toutes vos précautions, le débutant que vous êtes sera vite repéré et ridiculisé.

Oui mais alors, concrètement où

Il existe des lieux à challenges. Le plus connu FUFE (fr.usenet.forum.evolution) réservé aux plus aguerris, ni perdez pas votre temps c' est beaucoup trop tôt, vous pourrez y suivre les marronniers comme la suppression de FME ou de FSP ou la création d' un groupe sur la tauromachie, la corse ou les ovni. D' autres sont ouverts toute l' année comme FRA mais il y a une rude concurrence. Un nouveau semble prometteur, encore accessible aux débutants les plus doués, c' est le challenge 2003-2004, il ne se trouve pas sur usenet comme ABFHM mais sur un serveur privé. Mais ça me gène d' en parler, bon c'est bien parce que vous insistez mais soyez discret, ne dites pas que cela vient de moi. Ajoutez un compte de news, dans la case serveur mettez voir image

mot de passe: entrer

vous devriez y trouver votre bonheur, surtout en fin de liste, enfin moi je vous dis ça, je ne vous dis rien ;-)))
Mais n' abusez pas, il y a risque d'accoutumance et on finit par se réveiller seul et aigri ou pire, accro à FUFE et là on est plus dans les drogues douces.

 

En conclusion, Comment reconnaitre un troll réussi.

Vous avez balancé votre petite connerie à 2 balles sans avoir l' air d'y toucher, les neuneus se sont précipités avec vigueur, avec hargne; bien que le sujet abordé était anodin, il a suscité haine et colère, vous avez eu droit à vos " t' es un simplet", "un connard" ," le roi des cons".... avec les meilleurs spécimens vous pourriez même avoir droit à une ou des menaces de mort "on va le lyncher" cela semble incroyable et disproportionné et pourtant. La vous vous dites à juste titre, voila un troll réussi à moins que votre objectif soit la baisse de fréquentation ou la fermeture d' une mailing list si vous êtes adepte du troll méchant. L' inconvénient du troll est son coté virtuel et éphémère, il disparaît rapidement, sans laisser de trace à moins d' avoir la chance exceptionnelle de tomber sur Le Neuneu avec un N majuscule qui ira jusqu 'à vous confectionner de ses petits doigts boudinés aux ongles rongés, le trophée dont rêve tout trolleur ci-joint un exemple : Le Trophée mais là le talent ne suffit plus la chance doit être avec vous.

 

Crédits

Je tenais à remercier les personnes cités en tête de ce texte pour le talent mis dans l'écriture de la première partie et un grand et sincère merci aux différents contributeurs de Zoo-logique qui m'ont aidé très activement, bien qu'involontairement, à le conclure dans des délais exceptionnellement courts. Avec une mention spéciale à BigGrizzly, l 'administrateur de ce serveur, qui est ce que l'on peut appeler une synthèse et sans qui ce document n'aurait pu être aussi complet.

 

 

Qu’est-ce qu’un troll ?
« Please do not feed the troll »

Gros boulot pompé à Lirresponsable, ARNO*, Pascale Louédec

Petites et grosses retouches par François Ravaillac